En passant par le lac Titicaca

Tuer le temps avant l’arrivée des Réunionnais, voilà le programme d’une dizaine de jours pendant lesquels il nous faut accessoirement rejoindre La Paz. Alors que je penche sacrément pour un programme de glande et de visite du lac Titicaca, Ronan me convainc d’aller visiter le Cañon del Colca, l’un des plus profonds du monde. Je finis par céder mais les éléments se sont ligués contre nous : déjà une panne d’électricité nous bloque toute une matinée à Arequipa que nous ne pouvons quitter sans argent, puis lorsqu’enfin nous arrivons à la gare routière, nous apprenons dans un bazar général que nous ne pourrons partir avant le lendemain, tous les bus étant pleins!

Il n’en faut pas plus pour changer de plan et prendre la route pour Puno, une ville péruvienne glaciale sur les rives du lac Titicaca (il faut dire que la ville est à près de 4000 mètres d’altitude, comme le lac d‘ailleurs). Malgré les bouillottes fournies par l’hôtel, la douche électrique, les bonnets et les gants, on s’y sera gelé mais sans regret. Nous visitons tout d’abord les ruines de Sillustani, composées de tours sur le lac Umayo, un cadre superbe!

Le navire Yavari, construit en Angleterre et commandé par la Bolivie au XIXè siècle, a connu une sacrée épopée avant de se reposer dans les eaux du lac Titicaca. Il a en effet été acheminé jusqu’à Arica, port chilien (via le cap Horn), puis a pris le train, a ensuite été entièrement démonté pour pouvoir être transporté à dos de mule à travers les Andes! Six années de ce périple pour arriver à bon port. Le navire a été peu utilisé par l’armée péruvienne et a été rapidement abandonné. Une ONG le restaure en ce moment, c’est comme cela que nous avons pu le visiter, avant que demain il ne vogue à nouveau sur le plus haut lac navigable du monde pour le bonheur des touristes!

A Puno, nous partons en excursion sur les îles du lac. Première étape sur les îles Uros, des îles artificielles construites en totora, sorte de roseau résistant local. Ces îles flottantes permettent à leurs habitants de se déplacer sur le lac, ce qui fut bien utile lorsqu’ils furent chassés par les Incas et les Collas. Aujourd’hui, ils mènent une existence bien plus paisible puisqu’ils reçoivent à longueur de journée des touristes à qui ils vendent leur artisanat.

Après ce stop bien rôdé et bien touristique, nous poursuivons dans notre embarcation bien poussive jusqu’à l’île Amantani, à 34 km de Puno. Nous y restons la nuit et logeons chez une famille sympathique et bien démunie. Coup de chance pour nous, c’est la fête annuelle de l’île et en plus d’un formidable coucher de soleil avec vue sur la Cordillère Royale de Bolivie, nous avons droit à des danses et feux sur la place du village en début de soirée. On partage le gîte et le couvert avec un couple espagnol bien sympa… qui nous fera réaliser, des fois qu’on en doute encore, que l’espagnol sud-américain est plus facile à prononcer (et à comprendre!) pour nous!

Le lendemain, on se promène sur une dernière île péruvienne, l’île Taquilé. L’ambiance et les paysages ressemblent à ceux d’Amantani : femmes aux jupes superposées très colorées et blouses, hommes en vêtement traditionnel avec un adorable sac, terrasses pour l’agriculture, restes de ruines et superbes vues sur le lac.

De retour à Puno, nous partons pour Copacabana située sur le lac encore (il faut dire qu’il est grand, avec plus de 8500 km2) côté bolivien cette fois. On ne remarque pas de grand changement par rapport à la rive péruvienne, les costumes restent les mêmes et la langue aymara domine. Bien que mignonne, il n’y a pas grand-chose à faire à Copacabana, surtout qu’un imprévu nous contraint à vivre avec le minimum vital pendant deux jours. Peu inquiets, nous n’avions pas vérifié s’il y avait un distributeur à Copacabana et comme à notre habitude, nous avons passé la frontière avec presque plus de monnaie, histoire de ne pas se faire avoir sur les taux de change. Manque de pot, point de distributeur à Copacabana, comme d’ailleurs dans de nombreuses villes boliviennes. Il nous faut donc aller à la banque faire une opération au guichet, aux heures d’ouverture bien sûr… Entre temps, l’aubergiste bien sympa nous a dépanné de quelques bolivianos.
Une tradition de Copacabana est de procéder à un baptême des véhicules une fois par semaine. Nous y assistons un samedi midi, et dans une ambiance surréaliste, voyons des prêtres sérieux bénir les voitures décorées de fleurs, guirlandes et arrosées de champagne. Les propriétaires ne sont pas en reste et arrosent eux-aussi l’évènement en descendant des bouteilles de bière…

Comme beaucoup de touristes, nous nous rendons sur l’Isla del Sol pour la journée. Nous profitons une nouvelle fois des paysages, du calme et de l’accueil des habitants pour passer de bons moments, tout au long d’une petite randonnée nous faisant parcourir l’île du nord au sud. Malgré le soleil, le vent et l’altitude ne nous font pas quitter les gilets de la journée, c’est dire si les nuits doivent y être glaciales.

Après une bonne semaine passée autour du lac, il est temps de rejoindre La Paz (chic, on va perdre 400 mètres d’altitude!) où nos deux compères doivent nous rejoindre sans plus tarder.

Plus de photos

Les Extra Pouces

C’est tout excités que nous découvrons la belle ville de Cusco, un jour avant l’arrivée des « Extra Pouces », Charlotte, Sylvain, Adeline et Gaël.

Charlotte et Sylvain viennent de Paris (ils ont d’ailleurs le privilège d’ouvrir notre courrier tous les jours, les chanceux!) et Adeline et Gaël arrivent de New York (c’est chez eux que nous avons passé 10 jours au début de notre voyage si vous avez bien suivi). Ils se sont retrouvés à Lima et arrivent ensemble à l’aéroport de Cusco où l’agence Pouce Dos Tres les attend de pied ferme. En cadeau de bienvenue, un magnifique bonnet « Manu Chao Style » en guise de signe ostentatoire d’appartenance au mouvement de libération des pouces péruviens.

Nous passons notre première journée ensemble à visiter tranquillement Cusco et à papoter dans les bars et restos de la ville, retrouvailles obligent! Un peu de « parisianité » retrouvée pour nous deux en écumant les bars branchés de Cusco avec nos potes, le Pisco Sour permettant tout de même de réaliser qu’on est en terre étrangère. (le rendu de la monnaie nous ramènera également dans un « pays en voie de développement, puisque nous devrons attendre une bonne demie heure qu’on nous rende la monnaie sur un billet de 50 sols – l’équivalent de 12 euros – le temps que le serveur fasse le tour de la ville pour casser ce trop gros billet….) Pas trop d’excès quand même car l’Inca Jungle Trek nous attend dès le lendemain : 1 jour de VTT et 2 jours de marche pour attendre Agua Calientes, la ville au pied du Machu Picchu… Le temps quand même d’aller manger dans un des endroits les plus « hype » de la ville, où les tables sont remplacées par des baignoires avec de vrais poissons dedans!

Le jour suivant, c’est à plus de 4000m d’altitude que nous avons rendez-vous pour plus de 90 km de descente en VTT! La première partie, sur l’asphalte, est relativement tranquille. La température augmente rapidement et la végétation se densifie au cours de la descente. A mi-chemin à peu près, nous passons sur la partie de la route non goudronnée. On en prend plein les bras à cause des vibrations, et plus de 40 km à tressauter, ça fait un peu long… Sans doute sous le coup de la fatigue, Adeline fait un écart, sa roue avant se bloque sur le bas-côté et vlan! c’est le soleil! Le choc et l’émotion lui font un instant perdre connaissance mais heureusement plus de peur que de mal au final… Céline, fatiguée d‘avoir la tremblote, finit par rejoindre Adeline pour pouvoir admirer les paysages plus sereinement… (et sans doute surtout pour pouvoir papoter tranquilles entre filles!) Nous finissons donc la descente à 4 et sommes bien contents d’arriver à Santa Marta et d’y laisser les vélos!

Les deux jours suivants doivent nous mener à pied à Hidroelectrica où nous attraperons le train pour Agua Calientes.

La première journée de marche nous fait passer par la maison de Georges, singe friand de bonbons qui devient vite copain avec Gaël, sans que ce dernier n’ait à lui démontrer son agilité légendaire d’équilibriste. (il se rattrapera par la suite!)

Le chemin nous fait longer un canyon étroit assez impressionnant et emprunter plusieurs ponts suspendus. Nous survolons également une rivière à bord d’une traviata rudimentaire, par équipe de deux.

La première journée de marche s’achève dans des sources chaudes bien agréables… Nous avons deux heures à y tuer, suffisantes pour que Sylvain décide de mettre un peu d’animation en ratant un plongeon et en s’ouvrant le front au fond d’un des bassins… Heureusement le choc est un peu au-dessus de l’arcade, ça saigne bien quand même mais on ne passera pas par la case hôpital. 2 jours de trek, 2 blessés, tout le monde se demande : « à qui le tour? »!

La deuxième journée de marche ne tient pas toutes ses promesses puisque cette fois personne ne fait des siennes. On a quand même la chance de pique-niquer avec vue sur le côté ouest du Machu Picchu, ce qui est loin d’être désagréable!

On redescend ensuite vers Hidroelectrica, avec séance trempage de pieds dans l’eau glacée au passage, pour attraper le train pour Agua Calientes.

Le repas du soir est spécial à plusieurs titres : Gaël, qui en rêve depuis plusieurs jours, nous offre un cuy (cochon d’inde, à prononcer «couille») grillé… Adeline, dans l’euphorie collective (la partie sportive du trek est dernière nous, il ne nous reste plus qu’à visiter le Machu Picchu le lendemain aux aurores), se permet pour la première fois de se vie quelques gorgées de bière alors qu’elle est allergique au gluten!

Lever avant l’aube le lendemain pour faire partie des premiers sur le site du Machu Picchu. C’est superbe et ça vaut vraiment le coup de se lever tôt pour éviter la foule. (c’est très vite archi rempli) Nous avons droit à une visite guidée fort intéressante puisque notre guide prend beaucoup de recul par rapport aux théories communément admises et se contente d’émettre des hypothèses, s’en tenant aux faits, ce qui plaît beaucoup aux rationalistes de la bande.

Après la visite, direction Ollantaytambo en train. Bonne surprise puisque nous voyageons en première classe, sans doute suite à une pénurie de places en « backpacker ». Le trajet est assez surréaliste puisque nous avons droit, en plus des paysages splendides, à véritable un défilé de mode dans le train! Le but est de bien évidemment de vendre les vêtements en lama produits localement, mais on nous sort l’artillerie lourde puisque le « steward » défile un moment à moitié nu…

Brève escale dans le village inca d’Ollantaytambo (dans lequel nous avions déjà petit-déjeuné le premier jour de notre trek) avant de reprendre la route pour Cusco, dans un minivan où la fatigue du lever très matinal commence à se faire ressentir.

A peine arrivés à Cusco, il faut repartir en bus de nuit pour Arequipa. Nous ne regrettons pas l’enchaînement fatigant car la ville est superbe, avec une mention spéciale pour le couvent Santa Catalina.

Les alentours ne sont pas mal non plus, mais nous n’avons pas tous la motivation d’Adeline et Gaël pour aller faire un petit tour à plus de 5500 m d’altitude : Charlotte, Sylvain et nous deux nous contentons d’une petite balade tranquille à pied et à vélo pour découvrir les environs.

Un des moments forts de notre séjour à Arequipa restera sans doute le repas dans un resto hyper classe tenu par un grand chef péruvien parti se former en France et qui revisite à sa sauce les classiques de la cuisine péruvienne. Un vrai festin à prix péruvien, du pur bonheur!

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et les Extra Pouces doivent quitter le Pérou et reprendre une activité normale… Ils nous laissent donc à Arequipa pour regagner leurs pénates, et après une grosse semaine bien remplie et hyper planifiée, nous voilà avec une dizaine de jours à tuer avant l’arrivée d’Evelyne et Damien à La Paz, en Bolivie. Qu’allons-nous donc bien pouvoir en faire?

Plus de photos

Chaud-froid péruvien

A l’heure où la France enchaîne les tournées de pastis devant le Tour de France, nous réalisons nous-aussi un véritable contre-la-montre pour notre première semaine péruvienne. Après le bon temps passé aux Galapagos, il nous faut avaler les kilomètres et nous faisons un premier tronçon de plus de 30 heures de bus depuis Guayaquil en Equateur jusqu’à Huaraz, la Mecque de la rando péruvienne logée au cœur de la Cordillère Blanche. C’est mon anniversaire, j’ai droit à des paysages magnifiques au cœur d’un canyon pour la dernière partie de ce long trajet!

Pour faire tout ce qu’on veut avant l’arrivée de nos copains, on doit démarrer dès le lendemain matin le trek de Santa Cruz : 4 jours de marche avec nuits en tente bien frisquettes, passage d’un col à 4 815 m (plus haut que le Mont-Blanc!), mais surtout de splendides paysages. On en prend plein les yeux; il faut dire que la Cordillère Blanche comprend pas moins de 22 sommets à plus de 6 000 mètres. On se sera contenté d’aller les titiller jusqu’au niveau de la neige, une autre fois peut-être pour des altitudes plus extrêmes.

Heureusement, un cortège de mules nous permet de randonner léger et de nous couvrir le soir au campement. L’ambiance du groupe est plutôt sympa. Il n’y a que des voyageurs au long cours un peu plus jeunes que nous. Les deux guides participent à la bonne ambiance, que ce soit en nous préparant un bon maté de coca (bien utile pour nous acclimater à ces hauteurs et nous réchauffer) ou en décrétant une pause bière au milieu de nulle part. Il est d’ailleurs bien difficile de les faire repartir une fois qu’ils ont commencé à descendre les bouteilles (qui se vendent par litre).

Se doucher, refaire les sacs, aller à la laverie après la dernière matinée de randonnée. Pas le temps de dire ouf; un bus de nuit nous attend pour Lima, où à peine arrivés au petit matin, on saute dans un autre bus pour Ica. Nous nous posons à Huacachina, véritable oasis au milieu du désert. Eh oui depuis la frontière avec l’Equateur, les paysages côtiers du Pérou sont très arides et à un désert de rocaille succèdent des dunes de sable. Ce n’est d’ailleurs pas très joli et ces contrées nous paraissent très pauvres: amoncellement de détritus, maisonnettes en torchis, poussière…

Nous sommes à Huacachina le jour de la fête nationale péruvienne, les drapeaux rouge et blanc sont sur toutes les maisons et l’oasis connait une affluence digne d’un 15 aout sur la côte méditerranéenne. Nous dégotons de justesse l’une des dernières chambres du coin. Le temps de poser les sacs, nous voilà harnachés dans un buggy pour un tour dans le désert! Deux heures de plaisir, à toute berzingue dans les dunes avec des descentes dignes d’un Grand Huit. Surf des sables à plat ventre sur la planche, et on ressort avec du sable partout!

Le lendemain, nous continuons un peu plus au sud et faisons étape à Nazca, le temps pour Ronan de survoler les fameuses lignes, dont on ne sait toujours pas grand-chose. Plus de 300 figures géométriques, vieilles de plus de 2 000 ans et éparpillées sur plus de 500 km². C’est tellement grand qu’on ne peut voir les lignes que du ciel. Là encore, il faut avoir le cœur bien accroché, le pilote survolant chaque figure en effectuant un huit tout autour, ça tangue pas mal.

On n’allait pas s’arrêter en si bon chemin alors hop, une autre nuit dans le bus, cette fois-ci direction Cusco. Une bonne journée de repos histoire de nous requinquer avant l’arrivée des «extra» Pouces!

Plus de photos du froid…

…et du chaud!